Dès le 1er janvier, les plateformes devront prélever les cotisations des micro-entrepreneurs. Malt est-elle concernée ?

Depuis le 1er octobre 2026, selon l'Urssaf, quelques plateformes qui opèrent en France prélèvent à la source les cotisations sociales de leurs freelances à chaque versement et les paient elles-mêmes à l'Urssaf. La FAQ de l'Urssaf nomme les volontaires : Extracadabra, Les Sherpas et Sherpadom, Mon Spécialiste Auto, Student Pop, Truckrs, Uber Eats, et Wecasa et Wecasa Care. L'Urssaf a dit qu'elle informerait chaque utilisateur de la date à laquelle son propre prélèvement commence.
Le 1er janvier 2027, ce n'est plus volontaire. D'après l'Urssaf, le prélèvement devient obligatoire pour toutes les plateformes numériques qui assurent une intermédiation financière, c'est-à-dire celles où le client paie la plateforme, qui paie ensuite à l'auto-entrepreneur ce qui lui revient.
Malt ne figure sur aucune des deux listes officielles. La question n'est pas close pour autant, parce que la règle de janvier est un critère, pas une liste.
J'ai lu les textes derrière la FAQ : l'article L. 613-6-1 du code de la sécurité sociale, le décret du 10 juin 2026 qui encadre la phase volontaire, et le centre d'aide de Malt. Voici ce qu'ils disent.
Ce que la loi exige
La règle vient de l'article 6 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2024, modifiée depuis. Pour les freelances, elle ne concerne que les micro-entrepreneurs, le régime de l'article L. 613-7. Si tu freelances via une SASU, une EURL soumise à l'impôt sur les sociétés ou une société de portage, elle ne te concerne pas.
Pour ceux qu'elle concerne, la plateforme prélève ce que tu dois à l'Urssaf sur le chiffre d'affaires qu'elle te verse : cotisations sociales, contribution à la formation professionnelle, éventuelle taxe pour frais de chambre, et le versement libératoire de l'impôt sur le revenu si tu l'as choisi. L'Urssaf donne à la plateforme un taux pour ton activité et ta situation, exonération ACRE comprise, mis à jour chaque mois. La plateforme le déduit à chaque versement. Chaque mois, elle déclare ton chiffre d'affaires et ce qu'elle a prélevé, même si tu déclares par trimestre, et reverse l'argent.
La loi dit que le prélèvement vaut paiement, et que la plateforme supporte le coût de sa mise en œuvre. Les taux ne changent pas. Le texte s'applique au chiffre d'affaires réalisé à partir du 1er janvier 2027.
Il y a des sanctions. Une plateforme qui ne prélève pas risque une pénalité pouvant aller jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires concerné. La loi de financement pour 2026 a fait passer de 7 500 € à 15 000 € par freelance la pénalité maximale d'une plateforme qui ne transmet pas les données d'identification. Elle a ramené de 7 500 € à 3 250 € le maximum pour le freelance lui-même, lorsqu'il ne donne pas ces données à la plateforme.
Qui est sur la liste au 19 octobre
Il existe deux listes officielles. Celle de l'Urssaf, citée plus haut. Et l'arrêté du 31 juillet 2025, qui a choisi les plateformes pilotes. Cet arrêté nomme aussi StaffMe Freelance by Nowjobs, absente de la liste actuelle de l'Urssaf. Aucune des deux ne nomme Malt ni Upwork.
Malt est-elle concernée au 1er janvier ?
Voici comment le centre d'aide de Malt décrit un projet prépayé. Le client accepte ton devis et paie avant que tu commences. Les fonds restent sur un compte séquestre jusqu'à ce que le client valide le travail. « Bien que le paiement provienne du client, le paiement est traité par Malt », via le prestataire de paiement Mangopay. Malt déduit ses frais de service du montant que tu reçois.
Mets ça à côté de la définition de l'Urssaf : le client paie la plateforme, qui paie le freelance. Je ne vois pas où elles diffèrent. Et l'article 242 bis du code général des impôts, qui définit les plateformes concernées, les vise « quel que soit leur lieu d'établissement », donc sur le papier une place de marché étrangère n'est pas dehors non plus.
Mais une lecture n'est pas une confirmation. Le 19 octobre, aucun des 80 articles du centre d'aide français de Malt ne mentionnait de prélèvement des cotisations sociales. L'Urssaf ne nomme aucune plateforme pour 2027 : elle dit que la règle s'étend à toutes. Et le seul décret d'application que j'ai trouvé sur Légifrance, celui du 10 juin 2026, organise la phase volontaire. La FNAE, une fédération nationale d'auto-entrepreneurs, place bien Malt sur sa propre liste de plateformes concernées en janvier 2027, à côté d'Uber, Deliveroo et Airbnb, mais cette liste est marquée non exhaustive et c'est aussi une lecture. Aucun texte officiel ne dit que Malt est concernée, aucun ne dit qu'elle ne l'est pas. Je ferais mes plans comme si elle l'était, et je lirai l'avis de Malt quand il viendra.
Ce que ça change pour l'argent
L'assiette ne bouge pas. L'Urssaf est explicite : le prélèvement se calcule sur le chiffre d'affaires que tu déclares d'habitude, qui inclut la commission de la plateforme. Les frais ne sont pas déduits.
Le centre d'aide de Malt fixe les frais de service standard du freelance à 5 % hors TVA, et jusqu'à 10 % sur certains projets en France, ce qui devient 12 % pour un micro-entrepreneur qui ne facture pas la TVA. Prends une mission de 5 000 € à ce taux. Malt garde 600 €, tu reçois 4 400 €, et tes cotisations se calculent sur 5 000 €. Chaque point de ton taux représente 50 €.
Sans prélèvement, cet argent reste sur ton compte jusqu'à ta déclaration, ce qui, pour qui déclare par trimestre, veut dire jusqu'à l'échéance trimestrielle. Avec le prélèvement, il n'arrive jamais sur le compte.
Ce n'est pas un coût nouveau. C'est un nouveau calendrier. Pour qui se servait du décalage entre le versement et l'échéance comme d'un coussin, le coussin disparaît.
Ce qui reste à ta charge
Le prélèvement ne couvre que ce qui passe par la plateforme. Tu déclares toujours toi-même, à ton rythme habituel : les clients directs, les paiements qui contournent la plateforme, et le mois de ton inscription, puisque le prélèvement commence le mois suivant. Ton espace en ligne Urssaf affiche le détail de chaque déclaration de plateforme, et l'Urssaf t'envoie un e-mail chaque fois qu'une plateforme déclare pour toi.
L'Urssaf dit aussi que tes obligations fiscales habituelles restent auprès des impôts, déclarations de TVA comprises. Si tu factures la TVA et que la plateforme a déclaré ton chiffre d'affaires sans en retirer la TVA, le décret prévoit que l'Urssaf te demande les montants de TVA et corrige le prélèvement. Et Malt déclare déjà tes revenus à l'administration fiscale au titre de DAC7, chaque janvier pour l'année précédente.
Un point du décret de la phase volontaire mérite deux lectures. Les données qu'une plateforme peut envoyer à l'ACOSS, l'organisme national du réseau des Urssaf, comprennent ton nom, ta date et ton lieu de naissance, ton adresse postale, ton SIRET, ton adresse e-mail et ton numéro de téléphone. Le droit d'opposition du RGPD ne s'applique pas à ce traitement, et les fichiers peuvent être conservés jusqu'à cinq ans.
Ce que je ferais avant janvier
Vérifie d'abord ton statut. Si tu n'es pas micro-entrepreneur, rien de tout ça ne te concerne.
Vérifie, sur chaque plateforme, que ton SIRET et ton activité sont corrects. Le taux que l'Urssaf envoie dépend de l'activité qu'elle connaît.
Refais tes devis avec le net après prélèvement : 5 000 € facturés, 4 400 € après les frais de Malt, moins ton taux multiplié par 5 000 €.
Chaque mois, compare la déclaration de la plateforme dans ton espace Urssaf avec ton propre export de factures. Une plateforme peut se tromper, et la déclaration est à ton nom. C'est le genre de rapprochement que je ferais scripter une fois par Claude Code plutôt que de le faire à la main chaque mois.
Et si tu construis une place de marché qui paie des micro-entrepreneurs français, le décret de la phase volontaire se lit comme un cahier des charges. Tu envoies à l'ACOSS les données d'identification de tes utilisateurs. L'ACOSS te renvoie, chaque mois, qui prélever et le taux de chaque catégorie d'activité. Tu prélèves à chaque versement, tu convertis les devises étrangères au taux de la Banque centrale européenne du jour du versement, tu arrondis au centime, puis tu déclares et tu reverses chaque mois, à tes frais. Ce ticket a sa place dans le backlog 2026, pas dans celui de 2027.
La paperasse s'allège. La vérification, non.
Sources
- Urssaf, « Auto-entrepreneur : bientôt le prélèvement à la source par les plateformes » (dernière mise à jour le 17 septembre 2026)
- Urssaf, « Questions fréquentes : Prélèvement à la source des cotisations sociales par les plateformes numériques » (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, « Code de la sécurité sociale, article L613-6-1 » (version en vigueur depuis le 31 décembre 2025)
- Légifrance, « Loi n° 2023-1250 du 26 décembre 2023 de financement de la sécurité sociale pour 2024, article 6 » (26 décembre 2023)
- Légifrance, « Loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026 », articles 42 et 45 (30 décembre 2025)
- Légifrance, « Décret n° 2026-488 du 10 juin 2026 organisant l'entrée en vigueur progressive des obligations prévues à l'article L. 613-6-1 du code de la sécurité sociale auprès des opérateurs de plateforme volontaires » (10 juin 2026)
- Légifrance, « Arrêté du 31 juillet 2025 fixant la liste des plateformes numériques concernées par la phase pilote du dispositif prévu à l'article L. 613-6-1 du code de la sécurité sociale » (31 juillet 2025)
- Légifrance, « Code général des impôts, article 242 bis » (consulté le 19 octobre 2026)
- Malt, « Comment fonctionnent la facturation et le paiement ? » (mis à jour le 9 octobre 2026)
- Malt, « Comment fonctionnent les frais de service Malt pour freelances ? » (mis à jour le 13 octobre 2026)
- Malt, « Qu'est-ce que la directive DAC7 et qui est concerné ? » (mis à jour le 27 août 2026)
- Malt, « Centre d'aide » (80 articles en français consultés le 19 octobre 2026)
- FNAE, Observatoire de l'Ubérisation, « Le précompte des cotisations sociales des auto-entrepreneurs par les plateformes » (consulté le 19 octobre 2026)
