La France inflige 2,33 millions d'euros d'amende à Boohoo. 48 % des remises contrôlées par les enquêteurs étaient des hausses de prix

Le 20 août 2026, l'autorité française de protection des consommateurs, la DGCCRF, a annoncé une amende de 2 330 000 € contre BOOHOO.COM UK LTD, que le communiqué présente comme une filiale du groupe Boohoo vendant des vêtements en ligne (la maison mère, cotée à Londres, est devenue Debenhams Group en 2025). L'affaire concerne la version française de boohoo.com. Les enquêteurs du service national d'enquêtes (SNE) de la DGCCRF ont analysé les prix de plusieurs centaines de produits : prix de vente, prix barré et pourcentage de réduction. Parmi les offres contrôlées, 40 % n'offraient aucune baisse de prix, 7 % offraient une baisse inférieure à celle annoncée, et 48 % étaient en réalité des hausses de prix. Au total, 95 % étaient non conformes.
Le titre s'écrivait tout seul : la fast fashion sanctionnée. Le plus utile, c'est la façon dont la DGCCRF a mesuré. En France, une réduction n'est pas un chiffre que le commerçant choisit. C'est une comparaison avec un prix passé précis, et ce prix passé est une requête que n'importe quelle base de données de boutique sait exécuter. J'ai lu le communiqué de deux pages, les articles du code de la consommation sur lesquels il repose, et le communiqué de la Cour de justice de l'UE sur son arrêt de 2024 concernant la règle européenne que ces articles transposent. Voici ce que peut en tirer celui qui organise des promotions, ou qui construit le logiciel qui les fait tourner.
Ce que les enquêteurs ont trouvé
Le communiqué décrit le mécanisme en une phrase : en ne tenant pas compte des promotions déjà appliquées, et même en augmentant certains prix avant d'appliquer une réduction, Boohoo a trompé les consommateurs sur la réalité des réductions proposées. La DGCCRF ajoute que les prix barrés et les « promotions permanentes » donnent au consommateur l'impression d'une très bonne affaire et sont susceptibles d'influencer l'achat.
La même enquête a relevé des problèmes d'étiquetage. Les mots « cuir », « similicuir », « cuir simili » et « daim » étaient utilisés pour décrire des produits synthétiques, ce que le communiqué qualifie d'interdit. L'information sur la composition des textiles n'était pas conforme et, pour les chaussures, elle était incomplète sur le dessus, la doublure et la semelle.
La procédure compte aussi. Il s'agit d'une transaction pénale. Avec l'accord du procureur de la République de Paris, la DGCCRF a proposé une amende globale couvrant à la fois les pratiques trompeuses et l'étiquetage, et la société l'a acceptée. La DGCCRF dit qu'elle continue de surveiller l'évolution des pratiques.
La règle : le prix le plus bas des 30 derniers jours
Depuis le 28 mai 2022, l'article L112-1-1 du code de la consommation, qui transpose la directive européenne « Omnibus » 2019/2161, impose que toute annonce de réduction de prix indique le prix antérieur. Ce prix antérieur est le prix le plus bas pratiqué par le professionnel à l'égard de tous les consommateurs pendant les 30 jours précédant la réduction. Le professionnel reste libre d'afficher la baisse en montant, en pourcentage ou en prix barré, et la règle s'applique en ligne comme en magasin.
Il y a trois exceptions. Pour des réductions successives pendant une période donnée, la référence est le prix avant la première réduction. Les denrées périssables susceptibles de se détériorer rapidement sont exclues. Et les comparaisons avec les prix d'autres professionnels sortent du champ de la règle, mais la fiche pratique de la DGCCRF indique que le consommateur doit alors être clairement informé qu'il s'agit d'une comparaison et non d'une réduction, et de quelle référence il s'agit, comme un prix conseillé par le fabricant.
Une dernière pièce vient de la Cour de justice de l'UE. Dans l'affaire Aldi Süd (C-330/23), jugée le 26 septembre 2024, une association allemande de consommateurs soutenait qu'afficher simplement le prix le plus bas des 30 jours ne suffisait pas. Réponse de la Cour : une réduction annoncée en pourcentage, ou sous la forme d'une allégation promotionnelle mettant en avant un bon prix, doit être déterminée sur la base de ce prix le plus bas des 30 jours. Dans l'un des exemples de l'affaire, le prix juste avant l'offre était de 1,69 €, le prix le plus bas des 30 jours de 1,29 €, et le prix « réduit » de 1,29 €.
Comment une promo devient une hausse de prix
Le communiqué ne publie aucun prix au niveau du produit, voici donc mes propres chiffres sur un haut hypothétique, un pour chacune des trois catégories de la DGCCRF.
Aucune réduction. Le haut se vend 30 €. Il y a deux semaines, il a connu une vente flash de trois jours à 20 €, puis est revenu à 30 €. Aujourd'hui la page affiche 30 € barré, moins 33 %, 20 €. Le prix le plus bas des 30 derniers jours est 20 €. La réduction réelle est nulle.
Une réduction inférieure à celle annoncée. Un autre haut se vend 30 € depuis des mois. Le marchand le passe à 40 € pendant une semaine, puis affiche 40 € barré, moins 50 %, 20 €. Le prix le plus bas des 30 jours est 30 €, donc la baisse réelle est de 10 € sur 30 €, soit 33 % et non 50 %.
Une hausse de prix. Retour au premier haut, avec sa vente flash à 20 € il y a deux semaines. Le marchand le monte à 50 € pendant quelques jours, puis affiche 50 € barré, moins 50 %, 25 €. Par rapport au plancher de 20 €, le client paie 25 % de plus qu'il y a deux semaines, sous une bannière qui annonce moitié prix.
Le premier cas, c'est à quoi ressemble dans une base de données « ne pas tenir compte des promotions précédemment appliquées ». Les deuxième et troisième, c'est à quoi ressemble « augmenter certains prix avant d'appliquer une réduction ». Aucun ne demande un prix qui n'aurait jamais été pratiqué. Il suffit que le système oublie les 30 derniers jours.
Ce que le communiqué ne montre pas
L'échantillon, c'est « plusieurs centaines de produits », sans nombre exact et sans méthode de sélection. Le communiqué ne donne pas non plus de période : les seules dates viennent de l'entreprise. Les 95 % décrivent les offres que les enquêteurs ont contrôlées, pas tout le catalogue. Si les contrôles ont visé des offres qui paraissaient déjà suspectes, ce taux dit peu de choses sur le reste.
Le communiqué donne un montant global. Il ne répartit pas les 2,33 millions d'euros entre les promotions et l'étiquetage.
Une transaction n'est pas un procès, et le communiqué ne cite pas Boohoo. L'entreprise a répondu par voie de presse. Un porte-parole de Boohoo, cité par PA Media, a dit que « ces problèmes anciens concernent une période allant d'octobre 2023 à février 2024, lorsque l'entreprise était sous une direction précédente, et sont désormais résolus », ajoutant : « Nous avons coopéré pleinement avec le régulateur, et nous continuons d'examiner la façon dont nous fixons nos prix et étiquetons nos produits. » (traduction de l'anglais). Le communiqué de la DGCCRF ne confirme ni la période ni l'arrêt des pratiques ; il dit seulement que l'administration continue de surveiller leur évolution.
Le communiqué n'accuse pas non plus Boohoo d'avoir affiché de faux comptes à rebours. La fausse urgence relève d'une règle distincte : l'article L121-4 du code de la consommation range parmi les pratiques réputées trompeuses le fait d'affirmer faussement qu'un produit ne sera disponible que pour une durée très limitée afin d'obtenir une décision immédiate.
Séparément, le Journal du Net a rapporté le 18 septembre une seconde amende de 220 000 € contre la marque pour une information insuffisante sur la qualité environnementale de ses produits. Je ne l'ai pas trouvée sur les pages de la DGCCRF que j'ai lues.
Ce que ça peut coûter
L'article L132-2 du code de la consommation punit les pratiques commerciales trompeuses de deux ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende. Dans sa version actuelle, il porte ces peines à cinq ans et 750 000 € quand l'infraction est commise en ligne. L'amende peut aussi être portée, proportionnellement aux avantages tirés, à 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen des trois derniers chiffres d'affaires annuels connus, ou à 50 % des dépenses de la publicité ou de la pratique. L'article 131-38 du code pénal fixe le maximum pour une société à cinq fois celui d'une personne physique. Une transaction au titre de l'article L523-1 doit rester en dessous du maximum, et peut s'accompagner d'obligations de faire cesser la pratique, d'en prévenir la répétition et de réparer le préjudice des consommateurs.
La DGCCRF dit contrôler ces règles pendant les grands événements commerciaux nationaux, en citant les soldes et le Black Friday, et s'appuyer sur les signalements déposés sur SignalConso pour cibler ses contrôles.
Ce que je construirais avant les prochaines soldes
J'ai lu ce dossier en développeur, et c'est un problème de données avant d'être un problème juridique. Si je construisais ou auditais une boutique qui vend à des clients français, voici la liste que je parcourrais.
Garde un historique des prix. Chaque changement de prix, par produit et par variante, avec un horodatage. Sans lui, tu ne peux pas calculer le prix de référence, et tu ne peux pas montrer à un enquêteur que tu l'as fait.
Calcule le prix barré, ne le saisis jamais. La référence est le minimum de cet historique sur les 30 jours avant le début de la promotion, et le pourcentage se calcule à partir de lui, comme l'exige l'arrêt Aldi Süd.
Fais en sorte que le back-office refuse une promotion dont le prix de référence est supérieur au plus bas des 30 jours. Une règle de validation avec un test vaut mieux qu'une note à l'équipe marketing.
Planifie les démarques successives comme une seule période déclarée, pour que le prix avant la première démarque reste la référence. Espace les promotions distinctes pour que la dernière soit sortie de la fenêtre de 30 jours avant que la suivante ne commence.
Étiquette les comparaisons comme des comparaisons. Un prix conseillé par le fabricant peut être affiché si tu dis que c'est ce que c'est.
Ne lance un compte à rebours que si l'offre se termine vraiment quand il atteint zéro.
Et relis aussi les descriptions de produits. La même enquête a trouvé du « cuir » sur des produits synthétiques.
Une réduction est une affirmation sur le passé. En France, le passé, ce sont les 30 derniers jours, et la DGCCRF lit l'historique des prix.
Sources
- DGCCRF, "Fast Fashion : BOOHOO sanctionnée d'une amende de 2 330 000 € à la suite d'une enquête de la DGCCRF" (20 août 2026)
- DGCCRF, "Communiqués de presse" (consulté le 19 octobre 2026)
- DGCCRF, "Annonces de réduction de prix : ce que vous devez savoir" (25 août 2026)
- Légifrance, "Code de la consommation, article L112-1-1" (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, "Code de la consommation, article L121-2" (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, "Code de la consommation, article L121-4" (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, "Code de la consommation, article L132-2" (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, "Code de la consommation, article L523-1" (consulté le 19 octobre 2026)
- Légifrance, "Code pénal, article 131-38" (consulté le 19 octobre 2026)
- Cour de justice de l'Union européenne, "Press release No 152/24, Judgment of the Court in Case C-330/23, Aldi Süd" (26 septembre 2024)
- PA Media via Express & Star, "Boohoo fined £2m by French consumer watchdog over false discounts" (20 août 2026)
- Retail Systems, "Boohoo fined €2.3m over 'misleading' discounts" (21 août 2026)
- Journal du Net, "Méfiez-vous si vous avez acheté des vêtements sur ce site à la mode : ses pratiques sont trompeuses d'après la DGCCRF" (18 septembre 2026)
